MILLA, de Shannon Murphy

La jeune Milla, enfant unique d’un couple un peu spécial, son père étant psychiatre et sa mère mentalement instable, est atteinte d’un cancer et vit une vie calme chez ses parents, jusqu’à ce qu’elle rencontre Moses, un jeune homme instable et parfois violent, pourtant charmant, qui la fait vibrer, ce qui ne lui était pas arrivé depuis bien longtemps. Ce joli premier long métrage de … Continuer de lire MILLA, de Shannon Murphy

LOUXOR, de Zeina Durra

Hana, après une mission médicale difficile en zone de conflit, prend quelques jours de repos à Louxor avant de repartir. Dans ses errances, elle fait des rencontres, vit des retrouvailles, des expériences, au sein de cet écrin magnifique que constituent les somptueux bâtiments de la ville historique. Construit comme une balade tantôt paisible tantôt éprouvante tant dans les ruelles louxoriennes que dans les souvenirs et le passé de la jeune femme, ce long métrage impressionne par l’ambiance très légèrement surréaliste et désuète qu’il arrive à distiller, tout en restant paradoxalement très ancré dans la réalité. Et la révélation du film, c’est Andrea Riseborough, qui, avec ses faux airs de la douce Alba Rohrwacher, parvient à imprégner Louxor de la mélancolie de son regard, tout autant que de son flegme britannique et de sa fantaisie inattendue. Elle seconde parfaitement la réalisatrice pour nous livrer une œuvre délicate, qui dégage un charme insensé, une déambulation sensitive et sentimentale au sein de la belle Louxor, faite de petits riens qui font tout, et qui fait un bien fou.

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TEDDY, de Ludovic et Zoran Boukherma

Autour d’un calme village des Pyrénées, un loup rôde. Lorsqu’une nuit de pleine lune, un mystérieux animal mord Teddy, un jeune homme qui n’aspire qu’à vivre une vie tranquille avec sa petite amie, des événements mystérieux commencent à se produire… et si c’était un loup-garou ? Sur cette trame simple, les deux jeunes réalisateurs, dont c’est le premier long métrage en duo, construisent un film à la mise en scène efficace et assez drôle. Pas de frissons absolus dans Teddy, mais plutôt une ambiance sourde de mystère, et une envie folle d’avoir le fin mot de l’histoire. On pense évidemment au P’tit Quinquin de Bruno Dumont, dans la manière dont sont croqués les personnages, et les situations proches de l’absurde auxquelles ils se trouvent mêlés. Les interprètes se prennent au jeu, Anthony Bajon, toujours parfait, campe un génial Teddy, parfois inquiétant, parfois déroutant, et il est entouré de comédiens dont c’est parfois la première apparition à l’écran, et qui impressionnent largement. L’apparition de Noémie Lvovsky en patronne de salon de massage fantasque achève de donner au film un goût loufoque qui finit de nous attirer irrémédiablement vers ce village maudit.

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IBRAHIM, de Samir Guesmi

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, le comédien Samir Guesmi a choisi une histoire toute simple, contée sans fioritures. Ibrahim est un adolescent sérieux qui vit aux côtés de son père, un homme droit et réservé ; lorsqu’il accepte d’entrer dans une des combines de son ami Achille et que cela tourne mal, sa vie bascule soudain et les rapports à son père se tendent. Il devra alors faire du chemin afin de tenter de revenir la tête haute vers celui qu’il estime le plus. Magnifiquement écrit, Ibrahim dégage une émotion de tous les instants, notamment grâce à l’interprétation extrêmement juste de tous les comédiens, Samir Guesmi en tête, qui campe un père aimant et désarçonné qui porte en son seul regard toute la tendresse qu’il a pour son fils. Les seconds rôles de choix complètent le casting parfait, et la mise en scène précise et pudique touche en plein cœur le spectateur qui sortira changé de cette plongée dans les sentiments d’un jeune homme.

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LES 2 ALFRED, de Bruno Podalydès

Le facétieux Bruno Podalydès nous revient en grande pompe avec ce délicieux film qui nous emmène dans un univers imaginaire, fantaisie d’un futur proche, où l’automatisation s’est encore étendue, et où le franglais est de plus en plus de mise dans les échanges en société. Mais des irréductibles résistent, et c’est une joie de voir les trois acteurs principaux –les frères Podalydès et Sandrine Kiberlain- s’amuser à jouer les cinquantenaires dépassés par des codes qu’ils subissent et auxquels ils ont du mal à adhérer, admirablement secondés par tous les fidèles comédiens que le réalisateur convie à chaque nouvelle œuvre. À l’image de sa bande-son tant variété française que électro soft, Les 2 Alfred charme par son côté polymorphe, instillant une ambiance que seuls les films de Bruno Podalydès possèdent, ce mélange d’amusement enfantin de tout et de gravité sous-jacente, cimentés par une humanité sans borne et un amour de la vie intact. Regorgeant comme d’habitude de trouvailles fabuleuses, tant dans les décors que les dialogues, ce long métrage est un petit bijou d’amusement, une trêve enchantée bien utile en des temps parfois sombres, un bonbon d’espièglerie à consommer sans modération.

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143 RUE DU DÉSERT, de Hassen Ferhani

Un documentaire comme il n’en existe pas. Hassen Ferhani est parti installer sa caméra au beau milieu du désert, dans la petite échoppe de Malika, vieille femme solitaire, qui vit ici avec son chat et passe ses journées à accueillir les quelques routiers qui auraient envie de faire une pause dans leur course, en dégustant un thé et échangeant quelques nouvelles avec la maîtresse des lieux. C’est du sein même de la monacalité de son existence, filmée sans relâche mais toujours avec pudeur, que la vie jaillit, au détour d’une conversation, d’un morceau de musique ou d’une évocation de jeunesse. La radicalité du dispositif permet d’approcher au plus près la reine Malika, ses états d’âme et ses points de vue, pour un condensé de vitalité languissante, un moment unique partagé avec cette dame au quotidien improbable, bien loin de nos préoccupations actuelles, nichée au calme entre les dunes et les montagnes, au plus près des petits riens qui bâtissent une vie. Édifiant et incontestablement source de remise en question, 143 rue du désert apportera à tous un grand vent de fraîcheur et de simplicité bienvenu.

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BALLOON, de Pema Tseden

C’est l’histoire simple de Drolkar, jeune femme tibétaine éleveuse de brebis avec son mari, qui prend sa vie et son destin en main en essayant de contrôler ses grossesses : après trois fils, elle ne désire plus d’enfants, et doit se rendre au planning familial afin de récupérer quelques préservatifs ; mais c’est sans compter sur l’espièglerie de ses deux grands fils, qui n’aiment rien tant que jouer au ballon avec ces drôles de baudruches qu’ils trouvent dans la chambre de leurs parents… Pema Tseden, comme à son habitude, filme la vie comme elle est, comme elle va : il choisit d’instaurer un rythme assez contemplatif, pour ce film aux magnifiques et immenses paysages, mais non dénué de discours. L’air de rien, il aborde plusieurs sujets très importants, tels la politique de l’enfant unique, la religion, la contraception et l’avortement en Chine, la place de la femme au sein de la société et du couple. Saupoudré d’une pointe d’humour, ce long métrage à la mise en scène sobre, interprété par des comédiens de métier et des non professionnels, n’a aucun mal à nous plonger dans une réalité contemporaine qui n’est peut-être pas des plus familières au public occidental.

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SLALOM, de Charlène Favier

La jeune Lyz, quinze ans, très douée en ski, intègre une classe ski-étude. Loin de ses proches, elle donne tout à son sport et à son entraîneur, Fred, qui croit en son potentiel et la prend sous son aile. Fine analyse des rapports ambigus entre un entraîneur et son sportif, le film de Charlène Favier doit beaucoup à l’interprétation des comédiens : Noée Abita continue son joli chemin dans le cinéma français et campe une Lyz forte mais en proie aux doutes, adolescente perdue dans ce monde d’adultes ; Jérémie Rénier quant à lui est un Fred superbe, phagocytant son élève jusqu’à l’interdit, doutant parfois mais à peine du bien-fondé de ses actions. Slalom, implacable et ambitieux, nous plonge dans un univers particulier, aux rouages parfois malsains et souvent équivoques, que la réalisatrice parvient à reconstituer sous nos yeux. La mise en scène sobre vient servir le jeu réaliste des interprètes, et les visions glaçantes dans tous les sens du terme achèvent de faire de ce long métrage un objet précieux et nécessaire.

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2020 : le top 6…

Après cette année difficile pour le cinéma, il est compliqué d’établir un top qui veuille dire quelque chose. Retenons tout de même quelques-uns des films précieux de cette année, qui tous sont empreints d’une mélancolie palpable, assez en accord avec cette période inédite. 6- Drunk, de Thomas Vinterberg 5- Eva en août, de Jonás Trueba 4- The King of Staten Island, de Judd Apatow 3- … Continuer de lire 2020 : le top 6…

LES DAMES, ENCORE FEMMES, de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond

Elles ont entre 63 et 75 ans, n’ont pas ou plus de compagnon à leurs côtés, et, chacune à leur manière, se demandent si c’est bien raisonnable d’avoir encore envie de plaire et d’échanger, et surtout encore possible de vivre avec quelqu’un. Tout en délicatesse, les réalisatrices ont suivi un an de la vie de ces cinq femmes, toutes différentes, mais qui ont en commun … Continuer de lire LES DAMES, ENCORE FEMMES, de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond